À la rencontre d’Anne-Lorraine Vigouroux, fondatrice de L’Autre Ferme

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Plongée au cœur de la campagne, L’Autre Ferme est bien plus qu’un refuge pour animaux de ferme. Ici, chaque âne, mouton, poule ou lapin retrouve une vie digne et paisible, loin de la maltraitance et de l’exploitation. Nous avons rencontré Anne-Lorraine Vigouroux, la fondatrice passionnée, pour comprendre son parcours, son engagement et l’histoire de ce lieu unique où le respect et la bienveillance règnent en maître.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Anne-Lorraine Vigouroux, j’ai 58 ans, et en fondant L’Autre Ferme, j’ai réalisé un rêve : venir en aide aux animaux dits « de ferme ».

Quel a été ton parcours avant de créer ce refuge ?

Je viens du milieu culturel. J’ai été directrice de production pour de grandes compagnies de théâtre contemporain, ce qui m’a conduite à voyager dans de nombreux pays à travers des aventures artistiques et humaines passionnantes. Après cette expérience, j’ai travaillé comme attachée culturelle au Canada et en Serbie, promouvant la culture française, surtout contemporaine, à travers mes missions.

Y a-t-il eu un moment déclencheur qui t’a poussée à t’engager pour les animaux ?

Non, mon engagement est profondément familial. Mon père m’a élevée dans le respect des animaux et de la nature. Les animaux qui vivaient avec nous étaient toujours des sauvetages, jamais achetés, et considérés comme des membres de la famille à part entière. Cet engagement est donc naturel pour moi.

Pourquoi avoir choisi de créer un refuge plutôt qu’une autre forme d’engagement ?

Après de nombreuses actions militantes – manifestations, tractages, sensibilisation – il m’est apparu essentiel de m’engager plus concrètement, en particulier pour les animaux de ferme, victimes d’une violence structurelle souvent ignorée.
Créer un refuge s’est imposé comme une évidence : un lieu de vie et de réparation, autant pour eux que pour moi. Être informée de la réalité de l’élevage, de sa violence systémique, me rendait malade et en colère. Accueillir quelques animaux rescapés, même si c’est peu par rapport à ceux qui ne seront jamais sauvés, me soulage. Pour eux, chaque vie compte. Enfin, une vraie vie !

Qu’est-ce que ce projet a changé en toi, profondément ?

Peut-être moins de colère… et plus de courbatures !
Ma vie a complètement changé : passer de la culture et des tournées internationales à la vie de la ferme m’apporte un bonheur et une fierté immenses. J’ai réussi cette transition avec beaucoup de joie. Réaliser un rêve, c’est incroyable !

Est-ce que ton entourage a compris ta démarche dès le début ?

Oui, j’ai la chance immense d’être très soutenue par mes amis et amies, dont beaucoup s’impliquent activement dans l’association.

Qu’as-tu dû sacrifier pour faire exister ce refuge ?

Je ne pense pas avoir sacrifié grand-chose. Peut-être ma vie à Paris, que j’aime profondément, mais j’y retournerai le moment venu, quand je ne pourrai plus m’occuper physiquement des animaux.
Être une femme en milieu rural, surtout en tant qu’“étrangère”, est très difficile – bien plus que ce que j’imaginais. C’est certainement le plus grand défi de L’Autre Ferme.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui te rend le plus fière ?

La confiance que m’accordent les animaux, quel que soit leur passé. Beaucoup n’ont jamais connu la tranquillité ni la bienveillance. Je les laisse venir à leur rythme ou pas. Je cherche seulement à ce qu’ils se sentent suffisamment en sécurité pour que je puisse les soigner si nécessaire. Quand ils m’accordent leur confiance, c’est une immense satisfaction.

Peux-tu nous décrire le refuge aujourd’hui ?

En six ans, le domaine de 12 hectares a complètement changé : arbres et arbustes ont proliféré, créant des refuges pour la faune sauvage et des zones d’ombre pour nos rescapés.
Nous accueillons actuellement près de 80 animaux. Les plus petits sont dans des enclos proches de la maison, au centre du domaine. Dans le jardin normalement réservé aux humains, quelques moutons se promènent : ce sont les petits vieux ou les malades qui nécessitent une surveillance constante. Ils prennent bien soin du jardin… il ne reste plus une fleur !

Quels types d’animaux accueilles-tu ?

Nous avons des ânes, des vaches, des moutons, des chèvres, des poules et des lapins, ainsi que deux chats et deux chiens. Et bien sûr, quelques humains bienveillants ! La plupart de ces animaux ont traversé l’enfer avant d’arriver ici et découvrent enfin la vie à L’Autre Ferme.

Dans quelles conditions arrivent-ils généralement ?

Certains proviennent de saisies pour maltraitance, d’autres de signalements de la Préfecture car ils étaient errants. Très souvent, nous récupérons des bovins malades destinés à l’abattoir, toujours légalement et sans jamais les acheter. Je refuse de financer ce à quoi je m’oppose.
Un autre problème courant est l’achat impulsif par des particuliers : chèvres ou moutons achetés sans identification ni soins. Ces animaux, souvent seuls, s’ennuient, deviennent agressifs ou sont abandonnés. Chaque semaine, nous recevons de telles demandes. C’est irresponsable et lâche.

Comment choisis-tu les animaux que tu recueilles ?

Je ne les choisis pas vraiment. C’est une question d’urgence et de place disponible. Malheureusement, nous sommes souvent au complet. La demande pour ces animaux est énorme et il n’existe pas assez de structures pour les accueillir.

Peux-tu nous raconter l’histoire d’un animal qui t’a particulièrement marquée ?

Mademoiselle Jeanne, une lapine arrivée en février 2023, avait passé sa vie à reproduire des petits pour l’engraissement. Deux jours après son arrivée, elle a reconnu son nom et a donné naissance à neuf bébés. Une relation de confiance s’est immédiatement installée : je prenais soin d’elle, elle s’occupait de ses petits. Malgré son passé, elle m’a fait confiance dès le début. Son calme et sa sérénité sont incroyablement apaisants.

Qu’aimerais-tu que les visiteurs ou lecteurs comprennent en découvrant le refuge ?

J’aimerais qu’ils comprennent que rien ne justifie l’exploitation et la maltraitance des animaux. Ils ne sont pas à notre disposition.
Pendant des siècles, nous avons cru en notre supériorité et nié leurs émotions. Les recherches des éthologues prouvent aujourd’hui que chaque animal possède une personnalité et des émotions. Nous devons quitter ce piédestal archaïque et accepter qu’ils ont autant le droit de vivre que nous, sans peur ni souffrance.
À L’Autre Ferme, observer les animaux dans un cadre tranquille et bienveillant permet de réaliser en quelques instants qu’ils sont tous uniques.

De quoi le refuge a-t-il le plus besoin aujourd’hui ?

Nous manquons cruellement d’adhérents, de parrains et de marraines pour prendre en charge les animaux. Beaucoup sont fragiles et arrivent dans un état difficile.
Nous organisons parfois des chantiers participatifs sur une journée complète pour réparer, ranger ou construire de nouveaux enclos. Ces journées demandent une bonne condition physique.
Nous avons également besoin de bénévoles avec des compétences spécifiques, par exemple pour rechercher des partenaires pour la nourriture ou les produits de soins.
La communauté autour du refuge, incluant la faune sauvage, doit grandir pour continuer à protéger ces animaux.

Pour suivre L’Autre Ferme et soutenir son action

Vous pouvez découvrir les animaux rescapés et suivre les aventures du refuge sur leur compte Instagram : @lautreferme. Chaque like, partage ou commentaire contribue à leur visibilité et au bien-être de ces animaux.